Pastiche de la première gorgée de bière

La première gorgée de cappucino

La première gorgée de cappuccino ? C’est la seule qui compte. Les autres, de moins en moins mousseuses, de plus en plus tièdes, n’offrent qu’une vague impression de s’hydrater. La dernière, peut-être, suscite le regret de clore un instant de félicité…

Mais la première gorgée ! Gorgée ou bouchée ? Sur les lèvres, la mousse aérienne crépite comme un doux baiser. La poudre de cacao y laisse une jolie marque d’enfant gâté. Puis lentement, sur la langue, le nuage de lait fond en aparté. Comme elle est douce cette première cuillerée de mousse lactée ! On la prélève furtivement avant de la voir s’éclipser. En fait, tout est écrit : l’onctuosité, la légèreté, le goût vanillé ; le bien-être immédiat ponctué par une lampée de café, plus amer que la mousse dense dont il est coiffé ; envahi par une chaleur intérieure appréciée, on la sait de courte durée… Le délice du début déjà s’est évaporé. On repose sa tasse ébréchée, celle de notre aïeule héritée. On imagine tous ces grains de café, jusqu’à nous transportés. Ces producteurs basanés que l’on espère pas trop exploités. Par souci d’équité, l’arabica a été choisi labellisé, on voudrait maîtriser le lien qui nous unit à ces salariés. On lit avec curiosité, sur le paquet entamé, où a été torréfié l’or noir acheté. Ainsi, après la volupté, surgit en abîme, un brin de culpabilité. On aimerait préserver le plaisir d’un cappuccino mérité. Mais devant sa table brute de noyer, l’amateur de café ne sauve que sa probité, et consomme de plus en plus avec de moins en moins d’acuité. Prise de conscience amère : difficile de maîtriser la traçabilité !

La première compétition de course à pied

La première compétition de course à pied ? C’est la seule qui compte. Les autres, plus ou moins longues, deviennent habitude, suscitant presque un sentiment de routine. La dernière, peut-être, engendre une certaine émotion, celle de voir son nom inscrit dans la catégorie vétérans…

Mais la première compétition ? Compétition ? Tout commence bien avant le jour J. Les jambes fuselées reflètent les mois d’entraînement acharné. Comme elle a semblé longue, cette phase de préparation. Pourtant, nous y voilà. Tout excité, on attend, avec les 12’000 autres participants, le coup d’envoi.  En fait, tout est écrit : les 17,17 kilomètres, ni trop ni trop peu, demandent un effort raisonnable ; la montée d’adrénaline sitôt le départ donné, l’envie de dépasser le concurrent de devant, puis le suivant ; la sensation trompeuse de l’invulnérabilité, à l’infini… Parallèlement, on sait déjà. L’excitation du premier tronçon va retomber.  On laisse même l’adversaire nous distancer. On savoure le paysage, les encouragements, l’ambiance festive. Par toute une préparation mentale et physique, on espère maîtriser son endurance tout au long du périple. Sur les panneaux du bord de route, on s’enquiert avec satisfaction des kilomètres avalés. Distance parcourue, distance à parcourir laissent perplexe ! On envisage de tenir le rythme du début à la fin. Mais au bas de la Sonnaz*, l’increvable crevé ne sauve que l’honneur, et raccourcit de plus en plus sa foulée avec de moins en moins d’énergie. C’est une désillusion amère : on avance pour prouver qu’on arrivera au bout.

*(importante montée sur la fin du fameux Morat-Fribourg, crainte par une majorité de coureurs)

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