À la vie, à la mort…

L’idée de départ : Dans la consigne, le paragraphe « Si vous manquez d’idée » propose, entre autres, la rencontre avec une vieille dame, dans un cimetière de campagne. Habitant à 200 m. d’un tel lieu, cette suggestion m’enthousiasme. D’autant plus que dans mon métier, j’écoute à longueur d’année des vieilles dames qui racontent… Récemment, l’une d’elle m’a relaté des bribes de son parcours de vie atypique. Née en 1936, elle fut en effet engendrée par un polonais juif et une bourgeoise allemande. Après la déportation de son papa, sa mère épousa un Suisse plus ou moins résistant. Inspirée de ces faits réels, je profite de cet exercice pour explorer les événements relatifs à la 2ème guerre mondiale en terre Allemande et pour agrémenter les propos de Kristina (prénom fictif) de fictions issues de mon imagination.

Les personnages

La vieille dame que je rencontre sur le cimetière est en train de fleurir une tombe sur laquelle est inscrit « Ici gisent une victime et son bourreau ». Je l’interroge sur cette curieuse inscription. Du haut de ses quatre-vingt-quatre ans, encore très vive d’esprit, elle n’attend que ma question pour raconter… Elle est issue de l’union d’une bourgeoise Allemande influencée par le nazisme et d’un juif polonais. Même son prénom, identité première, est teinté par cet engendrement atypique. Lors de l’accouchement, son papa étant absent, sa mère luthérienne l’appelle d’abord Kristina (du latin = chrétienne). Son père n’adhère pas à l’idée. Ensemble, ils choisissent encore Sarah. Malheureusement, l’acte de naissance étant déjà établi, mon personnage oscille sa vie durant entre ces deux prénoms. De même, son existence, sa personnalité sont impactées par sa petite enfance. Sa mère la déteste, dégoûtée d’avoir porté en son sein l’enfant d’un juif. Malgré une certaine aversion à son égard, sa mère veille à son instruction. La vieille dame avec qui je converse est dès lors cultivée et intelligente. Révoltée aussi contre l’appartenance politique de sa maman.

La mère allemande est une oie blanche qui croit, du haut de ses 22 ans, que l’on conçoit les bébés en se serrant dans les bras. Elle n’imagine pas tomber enceinte en forniquant avec son fiancé polonais, dont elle ne connaît pas l’appartenance juive. Imprégnée par le nazisme qui sévit déjà bien avant 1939 en Allemagne, elle n’hésite pas à dénoncer le papa de sa fille lorsqu’elle apprend son judaïsme. Manipulatrice, patriote, elle va jusqu’à se marier à un Suisse afin de procurer de la main-d’œuvre masculine à l’entreprise familiale que dirige son père.

Le papa polonais fréquente cette riche bourgeoise allemande depuis 1929. Une fois celle-ci enceinte, en 1935, le mariage presse. Pour le célébrer, des papiers officiels du pays d’origine sont nécessaires. Effrayé à l’idée que sa dulcinée ne découvre son judaïsme, il fait tarder les choses jusqu’à ce que sa fille soit âgée d’environ trois ans. Lorsque la vérité émerge, le jeune homme dénoncé est déporté vers le ghetto de Varsovie. On le perd de vue durant toute l’histoire. Fou de sa fille, il revient trois ans après la fin de la guerre.

Contexte/ambiance:  L’histoire se déroule en Allemagne. Plus précisément à Dresde, capitale de la Saxe, Land situé à l’est de l’Allemagne. De 1936 à 1939, la radio diffuse de plus en plus de chants populaires et de tirades nazies. Dès 1940, les jeunesses hitlériennes défilent dans la rue en chantant et en brandissant des drapeaux à croix gammées. Dans les transports publics, des affiches de propagande épinglent les pipelets : « Honte à vous, bavards ! L’ennemi écoute. Le silence est un devoir ! » . Plus personne ne dit « Guten Tag » mais « Hi Hitler » en levant le bras droit. Radio Londres (BBC) diffusent clandestinement des messages informant de l’avancement des alliés.

Chronologie des événements

 La vieille dame commence à raconter  à la Toussaint 2020. Sitôt cette phase introductive évoquée, j’emmènerai le lecteur, par un flash back, en Allemagne, entre 1936 et 1948.

  1. Le fiancé juif/polonais et la bourgeoise allemande conçoivent Kristina fin 1935, après 6 ans de fréquentation. La famille de la jeune fille exige un mariage légitimant cette grossesse.
  2. La demoiselle, infectée par le nazisme, n’hésite pas à dénoncer le père de son enfant en apprenant son judaïsme via les papiers officiels arrivés de Pologne en vue du mariage.
  3. La fillette, fruit de l’union de deux antagonistes, est détestée par sa propre mère. Elle grandit, dans un contexte politique malsain et dans la haine familiale, à son égard.
  4. Vers 1941, sa mère épouse un Suisse. Ce dernier reçoit successivement 3 ordres de mobilisation. À chaque fois, il refuse en revendiquant la neutralité de son pays d’origine. Ce mariage permet à la manipulatrice de fournir de la main d’œuvre masculine à l’entreprise familiale (dès 1941, l’état-major allemand réalise que la guerre est appelée à durer. Les travailleurs étrangers augmentent dès lors sensiblement. Source : Wikipédia). L’époux suisse n’adhérant pas au parti, il tempère l’ambiance familiale totalitariste.
  5. Du 13 au 15 février 1945, Dresde, est presque entièrement détruite sous les bombardements. Heureusement, la famille de Kristina vit dans un faux-bourg relativement épargné. Se cachant dans la cave fortifiée de l’entreprise familiale, ils ne font pas partie des 35’000 victimes des raids aériens.
  6. 1948 : retrouvailles de Kristina, devenue adolescente, et son père.

Stratégie

Conformément à la correction de ma première nouvelle, je commencerai par une phrase percutante « Ici gisent une victime et son bourreau » (lors de leurs décès successifs, malgré les divergences de ses deux parents, Kristina choisira de déposer les urnes contenant leurs cendres respectives au même endroit, pour plus de commodités). Puis, via le flash back, les péripéties (dénonciation du père, déportation, mariage de la mère, bombardement de Dresde en laissant le lecteur inquiet du sort de Kristina) feront rebondir le texte. Chute : retrouvailles entre Kristina et son père, en 1948.  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *